Pourquoi nous avons choisi de vendanger entièrement à la main

Pour la première fois depuis plus de 40 ans, toutes les vignes du Pech d’André ont été vendangées à la main cette année.
La machine à vendanger est arrivée au domaine en 1985. Depuis, elle avait toujours participé, dans des proportions variables, à nos récoltes.
Ces dernières années, nous avions déjà progressivement augmenté la part des vendanges manuelles. Depuis trois ans, environ les deux tiers de nos raisins étaient cueillis à la main, le dernier tiers l’étant encore à la machine.
En 2026, nous avons franchi le pas : 100% de nos raisins ont été récoltés à la main.
Cela faisait longtemps que nous en avions envie. Mais avec 31 hectares à récolter, une chose nous retenait : le coût.
La vendange manuelle revient sensiblement plus cher que la récolte mécanique. Et en cette période de crise profonde pour la viticulture, décider d’augmenter ses coûts peut sembler paradoxal. D'autant plus que notre machine est ancienne, amortie depuis longtemps et pourrait encore faire le travail.
Nous avons pourtant choisi de ne plus l’utiliser.
La vendange manuelle fait-elle forcément un meilleur vin ?
Commençons par tordre le cou à une idée assez répandue.
On associe volontiers vendange manuelle et grand vin, comme si le simple fait de couper une grappe avec un sécateur suffisait à rendre le vin meilleur.
Nous ne le pensons pas.
Lorsque les raisins sont sains et que la récolte mécanique est bien conduite, on peut parfaitement produire d’excellents vins avec une machine à vendanger. Et inversement, une récolte manuelle ne garantit évidemment rien à elle seule.
La machine a considérablement facilité le travail des vignerons. Nous l’avons utilisée nous-mêmes pendant plus de quarante ans et il ne s’agit pas aujourd’hui de renier ce qu’elle nous a apporté.
Notre choix de revenir entièrement à la vendange manuelle répond surtout à une autre préoccupation : prendre soin de la vigne elle-même.
Prendre soin d’un capital vivant
Une vigne n’est pas seulement le support de la récolte de l’année.
C’est une plante pérenne que nous accompagnons année après année, pendant plusieurs décennies. Son architecture, son bois vivant, ses réserves et son état sanitaire conditionnent sa capacité à traverser les années, les maladies et les accidents climatiques.
Depuis longtemps, nous avons fait évoluer notre manière de travailler les ceps.
En hiver, la taille est réalisée par notre équipe, formée à la taille douce — ou taille physiologique — par Marceau Bourdarias et les Architectes du Vivant. Cette taille est attentive au fonctionnement de la plante, à ses flux de sève et à la préservation du bois vivant.
Au printemps, l’ébourgeonnage est entièrement effectué à la main, pied après pied.
Puis, tout au long de la saison, nous observons les vignes et cherchons à accompagner leur équilibre pour qu’elles puissent produire des raisins sains et équilibrés sans épuiser la plante.
Tout cela demande énormément de temps et de soin.
Alors, à force de prendre soin de nos vignes pendant toute l’année, il nous est devenu difficile d’accepter de les brutaliser au moment de la récolte.
Ce que la machine à vendanger fait à la vigne
Pour détacher les baies, une machine à vendanger secoue fortement et de façon répétée la végétation.
C’est son principe de fonctionnement, et elle le fait très efficacement.
Mais ces secousses ont aussi des conséquences sur la plante. Des feuilles tombent, des rameaux peuvent être cassés et des chocs ou blessures peuvent apparaître sur les ceps. Certaines sont visibles immédiatement, d’autres beaucoup moins.
Or une blessure n’est jamais totalement anodine pour une plante pérenne : elle doit réagir et compartimenter les tissus atteints. Quant aux feuilles perdues, elles ne participeront plus à la photosynthèse de fin de saison et à la constitution des réserves destinées au cycle suivant.
Nous préférons aujourd’hui limiter autant que possible ces traumatismes.
Ce choix s’appuie aussi sur ce que nous observons dans nos propres parcelles. Sur les vignes que nous entretenons avec beaucoup de soin et que nous vendangeons à la main depuis plusieurs années, nous voyons progressivement des souches plus équilibrées et un état sanitaire qui s’améliore.
La vigne travaille sur un temps long. Les effets d’une pratique ne se mesurent pas toujours en une saison.
Mais justement : nous travaillons avec le temps long.
Dépenser davantage aujourd’hui pour préserver demain
C’est aussi là que se trouve le sens économique de notre décision.
Oui, vendanger à la main coûte plus cher, mais réduire les coûts n’est pas la seule manière de préparer l’avenir d’un domaine.
Nous pensons que le nôtre passe par des vins de plus en plus exigeants, issus de vignes auxquelles nous consacrons toujours plus de temps et d’attention, mais aussi par la préservation de ce patrimoine végétal que les générations précédentes nous ont transmis.
Une vieille vigne en bonne santé n’est pas remplaçable.
Prendre soin de nos vignes est donc aussi un investissement.
Un investissement moins spectaculaire qu’une nouvelle machine ou un nouveau bâtiment, mais probablement l’un des plus importants que nous puissions faire.
Nous sommes par ailleurs convaincus qu'il faut remettre plus de paysans dans les champs et recréer de l'emploi rural. Ces gestes techniques pour lesquels la main de l'homme présente une réelle valeur ajoutée sont autant d'occasions de faire reculer les machines. Notre choix de vendanger entièrement à la main constitue ainsi une modeste contribution à cet objectif.
Et puis il y a le reste…
Il y a enfin quelque chose de beaucoup moins rationnel.
Une machine à vendanger est une puissante mécanique qui avance dans les rangs, secoue, souffle, gronde. Elle est efficace.
Mais cette énorme machine bruyante et furieuse n'a plus rien à faire dans nos vignes où nous préférons entendre le chant des oiseaux et le bruit du vent...

Et puis il y a la formidable énergie que dégage une belle équipe de vendangeuses et de vendangeurs lorsqu’elle se déploie dans une parcelle.
Les appels d’un rang à l’autre, les discussions, les rires, le bruit des grappes qui tombent dans les seaux, les porteurs qui passent, les rangs qui avancent peu à peu…
Nous ne pouvons évidemment pas démontrer que cette énergie joyeuse fait du bien à la vigne… mais nous en sommes intimement convaincus !
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